Guest-blog: Des dunes, du vent et du plastique

Accrochées à une bande de sable d’à peine un kilomètre de large, les hautes dunes d’Holmsland protègent le fjord de Ringkøbing des vents violents de la Mer du Nord sur plus de quarante kilomètres. Entre les dunes et le fjord, plusieurs maisons au toit de chaume constellent une lande d’herbe sèche très peu boisée.

A Pâques 2021, le ciel turquoise apparait souvent entre deux averses de neige sèche. Si un vent à plier une crête de Punk montée à la bière ne cassait pas l’ambiance, ce petit coin Nordique pourrait presque accueillir les scènes d’amour d’une série à l’eau de rose de Vikings.

À cinq heures de route de notre appartement Copenhaguois, c’est ici que notre petite famille avec deux presque pré-ados a décidé de se décoiffer pour les vacances scolaires.

Le vent est infernal dans la lande et faiblit un peu quand on gravit les dunes géantes. Arrivés sur la crête, c’est l’apocalypse. On regrette le vent infernal de la lande qui parait tout d’un coup ridicule. Difficile de tenir debout, et impossible de voir la mer à cause du sable fin qui matraque les rétines. Une fois cette épreuve passée, le vent devient un peu plus supportable sur la plage. Malgré les trois kilos de sable dans chaque chaussure, c’est presque agréable.

Une mer déchainée charrie sur la plage des quantités impressionnantes d’écume, d’os de seiche, d’algues et… de merdes. L’ambiance nordique bucolique de la lande s’écroule d’un coup. Contrairement à d’autre plages où les merdes cachent l’écume, les os et les algues, ici, il semble presque possible de nettoyer. En plus, la municipalité a aménagé d’énormes poubelles en bois qui invite au ramassage.

Alors, on ne retrousse pas nos manches car il pèle, mais on se met à ramasser le plastique. Matos de pêche, emballages alimentaires, coton-tige, boites de lessive, bidons de produits chimiques parfois encore remplis de liquide bleu, bouts de plastique non identifiable, on amasse rapidement des quantités impressionnantes.

Les enfants et les parents se prennent au jeu et retracent l’histoire des différentes merdes, oubliant qu’on collecte des ordures. Une bouteille de savon (ou peut-être de sauce soja) japonais… comment-a-t-elle pu atterrir sur une plage Danoise ? Un bidon de peinture Hollandais, vraiment énorme, les gars ont dû repeindre un château en bois avec ça ? Un tuyau d’évacuation d’un mètre en béton, ça flotte ça ? Des dizaines de coton tige au mètre carré, c’est dingue ! Tiens une orange.

C’est devenu notre routine quotidienne pour les vacances, passage de la crête apocalyptique et ramassage d’une dizaine de kilos de merdes. Juste une petite heure d’investissement par jour. On a rempli les poubelles de la municipalité et notre bout de plage était propre le temps de notre séjour.

Contexte du blog

Baptiste est un ami que Joan et Julien ont rencontré quand ils vivaient au Danemark. Baptiste a accepté de faire un billet pour Plastic@Bay afin de communiquer son expérience de la pollution aux plastiques sur la côte ouest danoise au printemps 2021. Baptiste a de nombreux talents dont celui d’écrire des romans. Nous vous conseillons de lire Café Krilo et Korzen dès que vous en aurez le temps.